Vendredi 8 février 2008
Un continent en soixante films : la programmation Africamania, que propose la Cinémathèque française jusqu'au 17 mars, révèle à la fois une histoire riche, des premiers films après les indépendances jusqu'aux récentes productions tournées en numérique, et une grande misère. L'immense majorité des longs métrages programmés date d'avant-1995, période à laquelle le système de production fondé sur l'appui d'aides françaises s'est effondré, en même temps que les économies africaines. Sur les cinq films présentés en avant-première, aucun n'a trouvé à ce jour de distributeur en salle, alors que le plus ancien date de 2003.

kabore.jpg  Gaston Kaboré  

Deux cinéastes présents à la Cinémathèque, le Burkinabé Gaston Kaboré et le Nigérian Newton Aduaka, font le point sur ces problèmes. Le premier est l'auteur de Wend Kuuni et Rabi, qui évoquent les villages du Burkina Faso. Son dernier film, Buud Yaam, date de 1997. Depuis, Gaston Kaboré, aujourd'hui âgé de 57 ans, s'est consacré à un institut de formation pour les cinéastes africains, Imagine, qu'il a fait construire et exister à Ouagadougou, la capitale de son pays. Il repassera derrière la caméra en 2009, assure-t-il.

fespacor200.jpgNewton Aduaka

Newton Aduaka est né au Nigeria en 1966 et a grandi en Angleterre. Rage, son premier film, évoquait la vie d'un adolescent d'origine africaine à Londres. Ezra, présenté le 8 février à la Cinémathèque française, suit la descente aux enfers d'un enfant soldat en Afrique de l'Ouest.

Que vous inspire la programmation de la Cinémathèque ?

Gaston Kaboré : Il aurait été préférable que ça arrive avant. Il ne faudrait pas non plus que ce soit un feu d'artifice et qu'il n'y ait plus rien après.

Newton Aduaka : J'ai un sentiment ambivalent. Ma perception de l'Afrique va au-delà du continent. Je voudrais demander à Catherine Ruelle (qui a dirigé la programmation), qui a une connaissance très vaste du cinéma panafricain, où sont les Brésiliens ? Les Haïtiens ? Dans le monde entier, il y a des cinéastes qui rendent compte de leur expérience de l'Afrique.

Un débat oppose les tenants d'un "cinéma de village", qui met en scène l'Afrique rurale, et ceux qui veulent aller vers les réalités urbaines. Comment vous situez-vous ?

G. K. : Les gens ont le sentiment que montrer l'Afrique rurale dévalorise les Africains modernes qu'ils sont. C'est bête mais ça fait partie d'un dispositif d'assujettissement mental. Même si les villes sont en train de grandir très vite, une grande part du destin de nos pays se joue dans le monde rural. On a parfois voulu dicter aux cinéastes africains ce qu'ils devaient faire : occupez-vous de vos villes grouillantes d'histoires extraordinaires. On ne doit pas nous définir un espace dans lequel nous devons travailler.

africa_sembene2.jpg Ousmane Sembene

N. A. : D'abord, des cinéastes comme (le Mauritanien) Med Hondo ou (l'Ethiopien) Haïlé Guérima ont parlé des vrais problèmes de l'Afrique, de la politique qui étranglait le continent et ses peuples. Ce genre de films a disparu. Yaaba (du Burkinabé Idrissa Ouedraogo, en 1989) et Yeelen (1987), qui est un grand film - pour moi, Souleymane Cissé est un maître -, ont changé le visage du cinéma africain. Sont arrivés ce que j'appelle les "films calebasses" qui nous ont ramenés à une perception romantique et nous ont écartés du présent immédiat. C'est bien de voir que ce cinéma émasculé, très joli, touche à sa fin.

Croyez-vous que la production de fictions longues en vidéo, qui connaît un essor commercial remarquable, entre autres au Nigeria, représente un espoir pour le cinéma africain ?

G. K. : Ceux qui se sont mis à produire ces films de façon massive viennent du commerce. Ils vendaient des ignames, du manioc, du plantain et autres tissus et se sont dit qu'il y avait quelque chose à faire. La plupart des intervenants se sont improvisés producteurs, réalisateurs, pourquoi pas ? Peut-être sont-ils en train de constituer les premiers éléments d'une industrie. Il y a des gens qui en vivent, des acteurs, des techniciens, qui apprennent leur métier ; et le public devient de plus en plus exigeant. Mais je vois des films réalisés pour une trentaine de millions de francs CFA (environ 45 000 euros) diffusés en salle, au Burkina, en vidéo. Les gens ont besoin d'histoires, pour eux le débat entre pellicule et vidéo n'est pas intéressant.

N. A. : Au Nigeria, quelles histoires propose-t-on ? Nollywood (surnom donné à l'industrie des fictions au Nigeria), c'est un substitut aux soap operas brésiliens, ce n'est pas du cinéma. C'est un bouillon de culture, le public exige de meilleurs produits, un meilleur son, de meilleurs acteurs. Mais ce n'est pas ça le problème, le problème ce sont les histoires.

Nollywood abrutit les gens, ils regardent les mêmes histoires sans fin, mais comme elles sonnent vrai, qu'elles renvoient à des mythologies contemporaines, elles ont du succès. L'enthousiasme de la presse vient du fait que les gens consomment leur propre culture, c'est très important. Il faut passer au niveau suivant.

Africamania, Cinémathèque française, 51, rue de Bercy, Paris-12e. Mo Bercy. Jusqu'au 17 mars. Vendredi 8 février à 20 h 30, avant-première d'Ezra. Sur Internet : www.cinematheque.fr.

Propos recueillis par Thomas Sotinel
Article paru dans l'édition du Monde 07.02.08.
par Ech0L0giK publié dans : Arts
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Samedi 19 janvier 2008
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par Ech0L0giK publié dans : Arts
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Lundi 19 novembre 2007

  

“I have been a witness, and these pictures are

my testimony. The events I have recorded should

not be forgotten and must not be repeated."

           
                                   JN0010BIN-GA.jpg

 

 

James Nachtwey est considéré comme l’un des plus grands photographes anti-guerre de ces trente dernières années. Il a couvert quasiment tous les conflits ou drames humains de notre époque. Il a su prendre la devise de Robert Capa comme sienne : « si vos photos ne sont pas assez bonnes, c’est que vous n’êtes  pas assez près ».

Malgré les questions constantes qui le traversaient à chaque nouveau cliché, James Nachtwey a su prendre les photos choquantes, dérangeantes, et pour sur, politiquement marquées, qui ont fait de lui le plus grand photographe de guerre de ces 30 dernières années, le plus grand photographe également anti-guerre, convaincu de la nécessité de mettre le monde face à ses propres réalités que nos chers gouvernements s’obstinent à nous cacher.

Ce que l’on reproche à James Nachtwey ?

Des images trop abouties où la seule esthétique tient lieu d’éthique.

Difficile à décrire, car personnage complexe et silencieux… mieux vaut le laisser vous persuader par ses propres mots, que ce photographe n’est pas un simple chercheur de scandale ou de clichés vendeur...mais bien un amoureux de l’humain et un éternel utopiste.

 JN0042DOW.jpg

« Les photographes vont jusqu'aux limites de l'extrême pour montrer ce qui se passe. Parfois ils mettent leur vie en danger parce qu'ils pensent que votre opinion et votre influence comptent. Ils en appellent, par leur photo, à ce qu'il y a de meilleur en vous, à votre générosité, à votre sens du bien et du mal, à votre capacité et à votre volonté de vous mettre à la place des autres, de refuser l'inacceptable. Les photographes vont jusqu'aux limites de l'extrême pour montrer ce qui se passe. Parfois ils mettent leur vie en danger parce qu'ils pensent que votre opinion et votre influence comptent. Ils en appellent, par leur photo, à ce qu'il y a de meilleur en vous, à votre générosité, à votre sens du bien et du mal, à votre capacité et à votre volonté de vous mettre à la place des autres, de refuser l'inacceptable. »

 

Ces quelques mots de cet observateur du monde suffisent à mieux le comprendre et comprendre son aboutissement en tant que photographe « reporter ».

Il croit en la mobilisation humaine et reste persuadé qu’un jour, nous nous soulèverons face aux clichés qu’il nous rapportera. En attendant ce jour, où chacun d’entre nous aura l’audace de se lever et de dire non au monde actuel, James Nachtwey persévère et continue de croire à ce jour,…

Pour comprendre cet homme (car il est avant tout un homme, passionné certes, mais un homme au service de l’espoir), courez louer « James Nachtwey : war photographer » de Christian Frei.

 "Chaque minute passée ici, je songe à la fuite.
Je ne veux pas voir cela.
Que vais-je faire: m'enfuir ou assumer la responsabilité
de photographier tout ce qui se passe ici?"

Il vous fera certainement réfléchir, si il ne vous fait pas bondir !

A bon entendeur…

écrit par No

par Ech0L0giK publié dans : Arts
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