"L'environnement c'est ce qui reste de la nature quand on l'a détruit"
Lundi 24 mars 2008
Les publicités pour voitures sur transports en commun ne sont pas un paradoxe pour les responsables de la STIB.

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Voici une plainte déposé sous l'impulsion de l'association RAP (www.antipub.be), que je vous invite à envoyer par courrier vous aussi, et sa réponse.

La plainte :

"Madame, Monsieur,

 

En tant qu’usager régulier de/abonné à vos services, je voudrais vous faire part de mes doléances en matière d’envahissement publicitaire, et ce à deux niveaux.

 

Primo, à un niveau politique et symbolique. À l’heure des changements climatiques et de la crise énergétique qui s’annonce, il est inconvenant et irresponsable de la part de la STIB de relayer de la publicité pour des modes de transport polluants (voitures, avions). Sans compter qu’elle se tire une balle dans le pied, puisque cela est économiquement contre-productif pour elle à terme. De plus, ne pensez-vous pas que ces pubs sont en contradiction avec les messages d’intérêts généraux à caractère écologique que vous diffusez via les ours et les pingouins ?

 

Secundo, à un niveau pratique et individuel. Prenant souvent le tram et le bus, je suis irrité(e) et consterné(e) de voir certains d’entre eux transformés intégralement en support publicitaire. Outre le fait que les passagers se retrouvent pris contre leur gré dans un certain dispositif de communication, il arrive qu’ils ratent leur arrêt, faute d’avoir une vue dégagée de la voie, les vitres aussi étant mises à contribution. Un comble ! Les intérêts des annonceurs seraient-ils prioritaires face à ceux des citoyens ?

 

En espérant que vous prendrez en considération ces remarques et dans l’attente de votre réponse, je vous prie de recevoir, Madame, Monsieur, mes salutations citoyennes et vigilantes."


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La réponse :

"Nous vous remercions de nous avoir fait part de vos commentaires et observations, texte dont nous avons déjà eu connaissance par ailleurs, à propos de la thématique publicitaire sur nos véhicules. Il convient de savoir que la publicité sur les trams et les bus circulant dans notre capitale est aussi ancienne que l’institution du transport public elle-même.

La publicité sur l'ensemble de nos supports (véhicules, stations, panneaux de grandes dimensions sur des terrains nos appartenant) a été confiée à la société Metrabus (groupe Clear Channel) qui gère pour nous la location de nos espaces.

Les recettes que la STIB en retire (environ 2% de l’ensemble des recettes du trafic) sont globalement affectées aux objectifs fixés par les organes de gestion de notre société, sans qu’il y ait à cet égard de liaison directe entre les recettes publicitaires et l'une ou l'autre des priorités désignées par notre Direction générale.
Pour ce qui est des thèmes publicitaires abordés, notre comité de direction a exclu d'office les thèmes politiques et, en général tout ce qui pourrait être considéré comme choquant pour la population, contraire aux bonnes moeurs ou portant atteinte à l'ordre public.

En fait, la STIB admet sur ses supports des publicités relatives à différents produits, dont certains font l'objet d'une acceptation sociale variable, parfois perçus comme néfastes à la santé comme des sucreries ou des boissons gazeuses, ou d'acceptation courante évoluant vers d'autres perceptions, esthétiques par exemple.
C'est la raison pour laquelle la STIB dispose, en tant qu'exploitant du réseau bruxellois de transport en commun, d'un droit discrétionnaire l'autorisant à refuser les messages ou les images publicitaires qu'elle jugerait incompatibles avec l'ensemble des critères évoqués.

En ce qui concerne la vente de produits de consommation de masse comme la voiture, la STIB est consciente que certains groupes de pression y voient une atteinte à leur conception du monde, d'autres absolument pas.  Dans ce contexte, la STIB tente toujours de trouver un équilibre entre ces diverses conceptions.  Son  souci d'augmenter ses revenus autonomes ne doit cependant céder à aucune intimidation intellectuelle, quelle que soit son origine, d'autant que notre refus éventuel d'un message n'empêcherait en rien sa diffusion sur d'autres supports.

La STIB permet des publicités de courte durée concernant des voitures même de petites dimensions comportant toujours une référence à un point de vente réel ou virtuel. Nous sommes conscients que cette pratique ne comble pas entièrement toutes les attentes ou perceptions sociales de tous les groupes existants dans la région de Bruxelles ou ailleurs.

Par ailleurs, il faut reconnaître que la STIB est plutôt indifférente aux marques de petites voitures publicisées pour autant que ces dernières occupent éventuellement un espace de stationnement dans un parking incitatif et que leurs propriétaires deviennent des clients du transport public. Négliger cette réalité serait, à notre avis, un manque de discernement au sein d'une collectivité aux intérêts variés s'activant dans un contexte évolutif de complémentarité.
Signalons aussi qu’une proportion de 10% du parc de nos véhicules est susceptible d’être habillée de messages publicitaires intégraux et que ce pourcentage n’a jusqu’à présent jamais été atteint.

Voilà maintenant plus d'une vingtaine d'années que des bus et des trams publicitaires intégraux circulent sur notre réseau, sans pour autant être détournés de leur fonction première.

Nous transmettons également votre courrier au gestionnaire STIB responsable qui pourra en tirer tous les enseignements.

Cordialement,
Daniel VAN BOECKEL
Relations Clientèle"


 

Par quoi a été remplacé le bon sens?


Par la logique de profit.

 


 

 

 

 


Lundi 24 mars 2008
"Bonjour,

Laure Véziant professeur des écoles à Montélimar.

Je suis la maîtresse de Gevorg, le fils de Karin et Armen, qui est arrivé  en Cours Préparatoire dans ma classe l'an dernier. Je suis la maîtresse de  Gevorg qui a disparu de ma classe vendredi 16 novembre en laissant toutes ses affaires, même ce gros bâton de colle dont il est si fier.

Je suis la maîtresse de Gevorg et d'autres encore dans la même situation,  qui voient sa chaise vide tous les jours et qui savent que leur tour peut  arriver.

Je suis la maîtresse de 22 enfants de 6 ans qui apprennent qu'en France un enfant peut être obligé de s'enfuir de nuit avec sa famille parce qu'il  n'est pas français.

Je suis une maîtresse qui doit enseigner à 22 enfants, qu'on est tous  égaux, avec les mêmes droits et les mêmes devoirs, que les lois sont  faites pour nous protéger, que c'est ce qu'on appelle les droits de  l'homme dont on est si fiers en France.

Je suis une maîtresse qui doit arriver à faire comprendre à 22 enfants que  l'on doit résoudre les problèmes en s'expliquant, et que lorsqu'on est  dans son droit on sera écouté et protégé. « parce que c'est ça la justice,  hein maîtresse ? »

Je suis la maîtresse d'autres enfants sans papiers qui me regardent faire  l'appel sans Gevorg et qui continuent à apprendre à lire dans la langue  d'un pays qui ne veut pas d'eux.
Je suis une maîtresse parmi tant d'autres qui devraient tous les jours  essayer d'expliquer l'inexplicable, accepter l'inacceptable, et ravaler  cette rage et ce dégoût d'être la fonctionnaire d'un Etat qui mène une chasse à l'homme abjecte et dégradante.

Aujourd'hui je voudrais vous faire comprendre à quel point mes collègues  et moi-même sommes choqués par ces drames humains, par cette politique de  chiffres, de pourcentages et de quotas appliquée à des personnes, des  hommes, des femmes et des enfants.

Je voudrais vous faire comprendre à quel point cette souffrance engendrée  par cette politique, devient ingérable, insupportable pour nous, comme  pour les enfants et les familles concernées. Je voudrais vous dire à quel  point nous avons mal devant ces bureaux vides, ces cahiers abandonnés et  ces stylos que personne ne vient réclamer.

Je voudrais vous dire à quel point j'ai peur d'arriver en classe et d'avoir perdu Gevorg ou Alexandre ou un autre encore, parce que, non, ce ne sont pas des numéros ou des quotas, mais parce que je les connais, je connais leurs sourires, je connais leurs yeux.

Nous n'en pouvons plus de nous taire et de voir des familles en danger rejetées en toute connaissance de cause !

Nous n'en pouvons plus de nous demander en permanence ce qui va leur arriver là bas !

Nous ne voulons plus être complices de non assistance à personne en  danger.

Je voudrais vous faire partager cette réflexion de William Faulkner :

"Le suprême degré de la sagesse est d'avoir des rêves suffisamment grands pour  ne pas les perdre de vue pendant qu'on les poursuit."

Alors merci à tous  d'être là et de partager le rêve de Karin, Armen, Alexandre, Gevorg et Grigory leurs enfants : Vivre sereinement auprès de nous, venir chaque matin à l'école, et que ce rêve, avec eux et avec tous ceux qu'on veut chasser hors de notre pays, on ne le perde pas de vue.

Laure Véziant professeur des écoles à Montélimar"
Jeudi 6 mars 2008

» Quoi que fassent ceux qui règnent chez eux par la violence et hors de chez eux par la menace, quoi que fassent ceux qui se croient les maîtres des peuples et qui ne sont que les tyrans des consciences, l'homme qui lutte pour la justice et la vérité trouvera toujours le moyen d'accomplir son devoir tout entier.

 
» La toute-puissance du mal n'a jamais abouti qu'à des efforts inutiles. La pensée échappe toujours à qui tente de l'étouffer. Elle se fait insaisissable à la compression ; elle se réfugie d'une forme dans l'autre. Le flambeau rayonne ; si on l'éteint, si on l'engloutit dans les ténèbres, le flambeau devient une voix, et l'on ne fait pas la nuit sur la parole ; si l'on met un bâillon à la bouche qui parle, la parole se change en lumière, et l'on ne bâillonne pas la lumière.


Les Chatiments - Victor Hugo
Extrait Préface 1853

 

Samedi 23 février 2008

Je vous retransmet un témoignage reçu par mail.

PRENEZ 2 MINUTES pour lire ce témoignage
du principal d'un collège "ambition réussite", à la Duchère (Lyon) adressé à ses collègues.
Edifiant quant aux promesses de Sarkozy et Darcos !

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Bonsoir,
Vous savez tous que j'occupe depuis cette rentrée la fonction de Principal d'un Collège dit "difficile", classé "Ambition Réussite". 82% des élèves sont issus de catégories socioprofessionnelles très défavorisées. Un Collège ghetto, avec ses problèmes quotidiens, et les problèmes de violence dans le quartier.
 
Je suis très fier d'avoir travaillé pendant plusieurs années à Meaux (Beauval et Pierre-Collinet), puis à Vaulx-en-Velin pendant 4 ans, et aujourd'hui à la Duchère. Fier d'être fonctionnaire de la République, d'assumer cette mission de service public tant décriée.
 
Ce soir, ma fierté m'a abandonné. J'ai honte. J'ai surtout honte de devoir affronter le regard des professeurs, des surveillants, des partenaires extérieurs, des parents d'élèves et des élèves.
 
Vous vous souvenez tous de la promesse de notre président de la République pour ne pas laisser les "orphelins de 16 heures" à la rue ?
 
Vous vous souvenez des annonces de M. Darcos, Ministre de l'Education nationale, à propos de la mise en place de l'accompagnement éducatif, ce dispositif devant accueillir tous les collégiens de 16 heures à 18 heures ?
 
La circulaire a paru au journal officiel le 13 juillet 2007. Je l'ai découverte en détails au moment même où je prenais mes fonctions au Collège Schoelcher fin août, comme tous mes autres collègues Principaux de Collèges en Education prioritaire (près de 1500 Collèges dans toute la France).
 
Je me suis mis en quatre pour mettre en place ce dispositif, car je suis un fonctionnaire responsable. J'ai mis mes opinions de citoyen dans ma poche, et j'ai tout fait pour que ce dispositif soit un succès.
 
Je rappelle à tous que cet accompagnement éducatif devait concerner les élèves volontaires, encadrés par des enseignants volontaires.
Sur 365 élèves, j'ai réussi à en convaincre 225: 61,5 % de l'effectif total. La moyenne dans le Rhône tourne autour de 28 %.
 
Sur 47 enseignants, j'en ai convaincu 29. Je suis allé solliciter la MJC du quartier pour mettre en place un atelier de danse urbaine. J'ai sollicité le Centre social pour mettre conjointement en place l'aide aux devoirs, 3 fois par semaine. 100 % des élèves de 6ème étaient inscrits à cette dernière action. J'ai sollicité une compagnie artistique pour mettre en place un atelier d'écriture. Les professeurs ont ensuite proposé un atelier de sciences physiques, un club journal des collégiens, une activité escalade, trois groupes de soutien en mathématiques, deux groupes de soutien en français. J'étais en pourparlers avec un club d'échecs et un autre de rugby pour enrichir l'offre.
 
J'ai même réussi à débaucher un danseur de la maison de la danse, qui vient de partir pour le cirque du soleil à Las Vegas....
Tout cela a bien sûr un coût. Vous vous en doutez.
 
L'Inspection académique et le Rectorat nous ont transmis courant octobre 2007 une enveloppe d'heures pour les professeurs et les intervenants extérieurs (pour ces derniers, ces heures devaient être transformées en vacations, payées 15 € de l'heure).
 
Je disposais de 1476 heures. C'est à partir de cette enveloppe, que je n'avais pas demandé, que j'ai construit mon offre.
J'ai informé les parents d'élèves, et le 12 novembre, les actions se sont mises en place. L'aide aux devoirs avait commencé dès le 20 septembre. Les élèves étaient pour la plus part d'entre eux très heureux.
 
Début décembre, j'ai mis en paiement auprès du Rectorat les heures effectuées en septembre, octobre et novembre: 398 heures.
 
Cet après-midi, mardi 29 janvier 2008, réunion officielle à l'Inspection académique. L'inspecteur d'Académie préside la réunion, flanqué de ses deux adjoints et de deux chefs de service. Configuration inhabituelle. Curiosité puis inquiétude.
L'Inspecteur d'Académie ne le dit pas explicitement, car nous sommes tous soumis au même devoir de réserve. "Le dispositif n'est pas supprimé, mais on a réduit la voilure". On a seulement supprimé les heures pour le faire fonctionner. Au lieu des 1476 heures, je n'en ai plus que 397 pour terminer l'année scolaire. Cela vient directement du Ministère.
 
C'est identique dans toutes les Académies, l'Inspecteur d'Académie nous l'a confirmé, comme s'il voulait nous consoler. Tous mes collègues sont dans la même stupeur (40 Principaux de Collège abasourdis).
 
J'ai dépensé 1 heure de plus que ce à quoi j'ai droit. Et les heures effectuées en décembre et en janvier ne sont pour l'instant pas honorées (j'ai compté 221 heures pour ces 2 mois).
Je n'en ai plus les moyens. C'est noble le bénévolat, mais, là, on atteint des limites...
 
Concrètement, dès lundi prochain, 4 février 2008, toutes les actions décrites ci-dessus s'arrêteront, faute de moyens. Je ne vous fais pas de dessin.
Oui, j'ai honte ce soir. Honte pour les élèves. Honte pour les parents d'élèves. Honte pour les profs. Honte pour les partenaires extérieurs. Je ne sais toujours pas comment je vais leur annoncer la chose.
Merci M. Sarkozy pour vos promesses péremptoires. Merci M. Darcos pour avoir démontré la crédibilité du système éducatif français.
 
Bonsoir les amis. Vive la République.

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